Olfactothérapie: quand l'odorat libère nos émotions


«Mais, quand d’un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l’odeur et la saveur restent encore plus longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur gouttelette presque impalpable, l’édifice immense du souvenir», Marcel Proust, «À la recherche du temps perdu».

Un soir d’hiver, le narrateur du grand œuvre «À la recherche du temps perdu», rentre à la maison. Sa mère, le voyant frigorifié, lui propose un peu de thé, accompagné d’un de «ces gâteaux courts et dodus appelés Petites Madeleines». Alors qu’il porte à ses lèvres une cuillerée du thé où il avait laissé s’amollir un morceau de madeleine : «à l’instant même où la gorgée mêlée des miettes du gâteau toucha mon palais, je tressaillis, attentif à ce qui se passait d’extraordinaire en moi. Un plaisir délicieux m’avait envahi, isolé, sans la notion de sa cause. Il m’avait aussitôt rendu les vicissitudes de la vie indifférentes, ses désastres inoffensifs, sa brièveté illusoire, de la même façon qu’opère l’amour, en me remplissant d’une essence précieuse : ou plutôt, cette essence n’était pas en moi, elle était moi». Le narrateur cherche en vain d’où lui vient cette «puissante joie», jusqu’à retourner à ses ennuis quotidiens... «Et tout d’un coup, le souvenir m’est apparu. Ce goût, c’était celui du petit morceau de madeleine trempé dans le tilleul que me donnait ma tante (quoique je ne susse pas encore et dusse remettre à bien plus tard de découvrir pourquoi ce souvenir me rendait si heureux), aussitôt la vieille maison grise sur la rue, où était sa chambre, vint comme un décor de théâtre s’appliquer au petit pavillon, donnant sur le jardin, qu’on avait construit pour mes parents sur ses derrières (ce pan tronqué que seul j’avais revu jusque là) ; et avec la maison, la ville, depuis le matin jusqu’au soir et par tous les temps, la Place où on m’envoyait avant déjeuner, les rues où j’allais faire des courses, les chemins qu’on prenait si le temps était beau». Pardonnez cette citation un peu longue, mais Proust dit ici tout du pouvoir de l’odorat, notre sens le plus archaïque, même si l’auteur relate ici une expérience gustative. Les deux sens chimiques du goût et de l’odorat sont en effet intimement liés grâce au mécanisme de la rétro-olfaction qui permet de percevoir, à partir du système olfactif, les caractéristiques aromatiques, appelées «flaveurs», des aliments contenus en bouche. Une flaveur, nous dit le Grand Robert, est la «sensation provoquée conjointement par le goût et l’odeur d’un aliment», le goût et l’odeur étant mêlés, sans distinction. Que montre cette description de la madeleine de Proust ? Ceci : «la réminiscence a provoqué l’émotion avant et même indépendamment du raisonnement et de la réflexion», comme le souligne très bien Alain Faniel dans son ouvrage «L’Olfactothérapie : sentir pour mieux se sentir», préfacé par Gilles Fournil, inventeur de l’Olfactothérapie, et se terminant par un entretien avec lui. Parent pauvre de la thérapie, l’odorat est pourtant un sens privilégié pour accéder au monde de l’émotionnel et de l’inconscient, comme nous le décrira Gilles Fournil, dont la «thérapie par l’odorat» vise à libérer, évacuer ces nœuds d’émotions liés à des souffrances passées et responsables de nos maux corporels ou psychiques actuels. Elle «tire partie de ces fabuleux pouvoirs des odeurs : ramener à notre conscience des souvenirs enfouis, d’une part, favoriser en nous des changements psycho-corporels, d’autre part», explique Alain Faniel. Pour cela, l’Olfactothérapie utilise le phénomène de l’émotion qui surgit avant que n’intervienne la verbalisation ; ce phénomène étant lié à la spécificité du sens de l’odorat, que nous expliquera Gilles Fournil. S’appuyant là-dessus, l’utilisation de certaines odeurs (des huiles essentielles) va permettre de «court-circuiter le mental pendant un certain temps», pour reprendre les propos d’Alain Faniel. Le travail peut alors commencer pour l’olfactothérapeute et son consultant (et non «patient» ou «client»)